Chronique par Fawaz Kazma,


De la stratégie de Lisbonne à la stratégie UE 2020

Alors que l’Europe peine à se fixer une stratégie tous les 10 ans, le NIC (National Intelligence Service) publie aux USA tous les 4 ans un rapport qui inspire la stratégie de l’administration américaine, sur les perspectives mondiales pour 15 années à venir. La dernière édition, publiée en pleine crise financière traite de l’horizon 2025. 

Le rapport souligne l’émergence d’un ordre mondial multipolaire avec une importance croissante pour les économies chinoises et indiennes qui prendront le pas sur les pays du  G7 vieillissant. La crise financière semble accélérer la tendance vers un monde multipolaire; la fortune amassée par Pékin, plus de 1000 milliards de Dollars, donne à la Chine un levier pour peser sur l’avenir du paysage économique mondial. Les stratèges américains supposent que la Chine ne mettra pas ses réserves considérables au service de l’économie pour sauver le monde comme les Etats-Unis l’avaient fait avec Bretton Woods.

Le rapport donne aussi la nouvelle voie de la croissance en soulignant que l’émergence d’un nouvel ordre mondial se fera autour du changement climatique et du passage vers un nouveau monde sans énergies fossiles. 
Alors que les Etats-Unis garderont leur supériorité en 2025, le rapport reconnait que le fossé se réduira de plus en plus avec les autre pays. 

Il est déjà trop tard pour que l’Europe  puisse ratrapper l’avance que les américiains ont pris depuis plusieurs décennies dans les NTIC mais, si elle adopte la bonne stratégie pour 2020, elle peut encore espérer se hisser aux premier rang mondial par son innovation dans le domaine de l'écologie. 

L'Union Européenne possède deux atouts technologiques clés qui peuvent résoudre le problème du changement climatique:
- la bourse des quotas d’émission de Carbone qui même si elle n’est pas parfaite, ouvre une voie perfectible,
- la capacité d'innovation dans l'amélioration de l'efficacité énergétique et dans le captage du CO2. 
L’autre atout dont dispose l'Europe est institutionnel. 
Malgré sa faiblesse sur la scène internationale, l'UE apporte la preuve qu'une solution supranationale peut s’avérer efficace pour résoudre des problèmes mettant en jeu des intérêts nationaux irréconciliables. L’échec de Copenhague, où la souveraineté des états a été le principal obstacle pour trouver un accord, ouvre une porte pour que cette autorité supranationale prenne le pouvoir pour lutter contre le réchauffement climatique. Elle aura à collecter des taxes écologiques à l'échelle internationale pour les redistribuer de façon équitable en finançant avec ces recettes les adaptations et innovations technologiques nécessaires. 

L'UE possède la meilleure solution connue à ce jour; elle pourrait sauver le monde. Si elle fixe pour 2020 une stratégie d’innovation centrée sur ses atout, elle peut encore espérer reprendre sa place de leader sur l’échiquier global à cet l’horizon. La condition pour réussir est de ne pas se contenter d’afficher un objectif aussi ambitieux que celui de la stratégie de Lisbonne sans réussir à l'appliquer.

Le parlement Européen, avec ses nouveaux pouvoirs, devra peser pour faire de l’écologie un domaine européen intégré. Il pourra ensuite, s'il le faut, faire appliquer sa stratégie dans le cadre d’une politique qui associe directement les régions européennes sans passer par les états qui ne sauront pas dépasser leurs intérêts nationaux pour défendre ceux de notre planète, comme ils viennent d’en donner la preuve à Copenhague.